Une Vie… (mode d’emploi)

Affiche définitive

© Hervé Senet

Création 2016 pour le Théâtre Le Petit Louvre, au Festival Avignon OFF

Une Vie… (mode d’emploi) est un spectacle de chansons qui, bien que n’ayant aucun rapport avec le roman quasiment éponyme de Georges Perec, s’en inspire dans la construction par « tranches de vie » apparemment sans rapports entre elles, et pourtant reliées grâce aux textes magnifiques de l’écrivain Émile Brami.
Silvia Lenzi, avec deux musiciens à ses côtés, fait donc, dans ce spectacle, une sorte de voyage dans « une » vie, patchwork d’existences diverses, qui – comme chez Pérec – ont leur unité et leur cohérence. Poèmes d’amour, instants de vie, portraits acides de notre drôle de société…
Silvia Lenzi a composé toutes les musiques, et les arrangements sont écrits avec ses compagnons de route depuis 20 ans, le clarinettiste Étienne Lamaison, et le percussionniste Bruno Grare.Ils ont demandé au comédien et metteur en scène Ivan Morane de théâtraliser ce tour de chant afin que les liens constituant cette « VIE » en deviennent « le mode d’emploi… ».

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Juin 2016 sur Théâtre au Vent,Le Monde.fr

P.S. : Silvia LENZI et Emile BRAMI étaient les invités de l’émission « Deux sous de scène » en 2ème partie, sur Radio Libertaire 89.4 , le samedi 18 Juin 2016 (en podcast pendant un mois, sur le site « Grille des émissions R.L.)

Reécouter l’émission ici (56min)

Silvia LENZI, nous avions pu apprécier son talent de violoncelliste lors de la création de « Céline, Proust » un spectacle conçu par  Émile Brami et Mikaël Hirsch, mis en scène et interprété par Ivan MORANE.

C’est à l’occasion de ce spectacle qu’elle rencontre Émile BRAMI. Elle devient sa muse et il écrit pour elle une trentaine de chansons dont une quinzaine illustre cette création. Un vrai bouquet de fleurs savamment agencé où la pensée violette peut se pencher au-dessus d’une jaune tulipe, le myosotis tendre se joindre à la marguerite rebelle.

N’étant pas fleuriste, je laisse le soin aux spectateurs d’imaginer la beauté de ce bouquet musical déposé aux pieds de Silvia LENZI, dont la voix profonde et douce pénètre si bien les chansons d’amour et devient piquante et coquine en vagabondant à travers nos modes de vie que nous soyons vegan ou facebook ou libertaire…

Il se dégage aussi beaucoup de fraîcheur et de malice dans la composition du spectacle mis en scène avec un grain de folie par Ivan MORANE.

Les musiciens également comédiens donnent l’impression de danser avec leurs instruments. Ils sont toujours en mouvement mimant des scènes de chansons, n’hésitant pas à faire jouir musicalement des casseroles !

Ajoutons que c’est Silvia LENZI elle-même qui a composé toutes les musiques et que les arrangements ont été écrits par ses compagnons de route depuis 20 ans, le clarinettiste Etienne LAMAISON et le percussionniste Bruno GRARE.

C’est un réjouissant spectacle au parfum pénétrant mais si frais qu’il parait tout bienvenu à Avignon pour faire la pluie et le soleil et donc un bel arc en ciel qui enchantera grands et petits. A ne pas manquer !

Paris, le 18 Juin 2016                        Evelyne Trân

Théâtre au Vent, Le Monde.fr

Végan

Je suis végan jusqu’à la moelle
Que je m’interdis de manger
Pas d’escalope dans la poêle
Rien que des fruits de mon verger

La bouche pleine de salade
Que je dispute aux escargots
Je mâche comme une malade
Je rumine comme un bestiau

Une fricassée de légumes
Un ragout de rutabagas
Puis une compoté d’agrumes
Passé au sucre d’acacia

Pour m’habiller s’est infernal
Mes souliers sont en caoutchouc
Mes saris viennent du Népal
Et mes sérouals de Tombouctou

Devant mon miroir j’ai la haine
Je me récite des mantras
Mais pour m’aider à rester zen
J’aimerai mieux une vodka

Interdit le petit vison
Assorti à sa jolie toque
Et faut se faire une raison
Jamais de string en bébé phoque

Je me bourre avec du tofu
Assaisonné à la réglisse
J’ai l’estomac criblé de trous
Et j’ai attrapé la jaunisse

Pour me soigner j’ai droit aux plantes
Ou bien à l’homéopathie
Tant pis si je suis impatiente
Mais je préfère la chimie

A force d’avaler des graines
Arrosées de lait de soja
Je rêverais pour mes étrennes
D’un steak saignant et d’un coca

Pour payer les haricots verts
Y a intérêt à assurer
Je suis toujours à découvert
Et harcelée par mon banquier

Ça coûte un bras le biologique
Pour être exact la peau du cul
Mais il faut bien être logique
Manger malsain ou marcher nue

C’est pour ça que je suis à poil
Triste devant mon potager
En espérant mettre les voiles
Pour épouser un beau boucher

© Emile Brami

Dix-huit mois

Sur son coussin le vieux chat baille
Et le gros chien rêve en dormant
Dans la cheminée les sarments
Crépitent comme un feu de paille
J’ai mis un disque sur la chaîne
Un des tes vieux trente trois tours
Bessie Smith y chante l’amour
Sa voix n’adoucit pas ma peine

Dix-huit mois que tu es parti
Pourtant tu es toujours ici

Que pourrais je te raconter
Que je me sens toute engourdie
Qu’il a fait très chaud vendredi
Que nous avons un bel été
Que j’aimerais pouvoir dormir
Oublier tes yeux ton visage
Arriver à tourner la page
Te chasser de mon souvenir

Dix-huit mois que tu es parti
Pourtant tu es toujours ici

Isabelle a repris l’école
Je sais bien qu’elle pleure en cachette
Mais à jouer les fortes têtes
Elle va bientôt me rendre folle
Éric a quitté la maison
Il dit qu’il ne peut plus y vivre
Il a donné tous tes beaux livres
Et il boit plus que de raison

Dix-huit mois que tu es parti
Pourtant tu es toujours ici

Je ne descends plus au jardin
Il retourne à l’état sauvage
Hier il y a eu un orage
Je nettoierai tout ça demain
Et puis j’irai au cimetière
M’asseoir à l’ombre des cyprès
Je te sentirai là tout près
Je ne dirais pas de prière

Dix-huit mois que tu es parti
Pourtant tu es toujours ici

 © Emile Brami

Barbès

Barbès

Sous le métro aérien
Un violoniste tzigane
En tirant sur sa Gitane
Joue pour de jolis tapins

Barbès

Alignées devant leur car
Les touristes allemandes
Très effrayées se demandent
Ce qu’elles fichent à Dakar

Barbès

Les derniers bars à hôtesses
Des bistrots où l’on se presse
Deux croissants et un express
Des flics et des CRS

Barbès

Barbès

Des hipsters à barbichette
Tatoués sur tout le corps
Tournent autour du Louxor
Debout sur leurs bicyclettes

Barbès

Fausses Rachida Dati
Qui papotent en arabe
Près de femmes en hijab
Dans les magasins Tati

Barbès

Métisse au corps de déesse
Vieux paysans de Meknès
La voix de Matoub Lounès
Des flics et des CRS

Barbès

Barbès

Le marabout togolais
Connaît tous les maléfices
Contre cinq billets de dix
Il va te désenvouter

Barbès

Ses tricheurs au bonneteau
Trois cartes sur une table
Cent euros si t’es capable
De sortir l’as de carreau

Barbès

Des junkies dans la détresse
Des pit-bulls tenus en laisse
Des voyous en Mercedes
Des flics et des CRS

Barbès

Barbès

Les costauds en djellaba
Fredonnent du Oum Kalsoum
Ils achètent leurs loukoums
Chez l’épicier de Djerba

Barbès

De la chorba du couscous
Pour les nuits du ramadan
Au menu des restaurants
Un mafé ou du houmous

Barbès

Pour la soif une Guinness
De la boukha pour l’ivresse
Et un joint contre le stress
Des flics et des CRS

Barbès

Barbès

Vingt pays qui se confondent
Ça gueule et ça s’apostrophe
En tamoul ou en wolof
Pour un petit tour du monde

Barbès

C’est un petit air tout bête
Valse lente ou bien fado
Notes tristes d’un tango
Qui vous trottent dans la tête

Barbès

Barbès

Les trafics et le businesss
Le rire avant la tristesse
La fureur et la tendresse
Des flics et des CRS

Barbès

© Emile Brami

Cassandre en a assez

Cassandre en a assez d’annoncer des naufrages
Dans la boite à marins où tapine Apollon
Ce vieux clochard c’était le roi Agamemnon
Arès le valeureux a perdu tout courage
Ulysse voudrait ouvrir une agence de voyage
Et Circé fait la manche en bas du Parthénon

Parce que le vieux Zeus a épousé Europe
Les Dieux ne chantent plus dans la langue d’Esope

Démosthène est muet on a volé ses mots
Dans un bar de Plaka Dionysos sert à boire
Clio devenue folle ne sait plus son histoire
Atlas ne porte plus l’univers sur son dos
Cerbère monte la garde à l’entrée d’un Mac-Do
Et aux enfers Hadès a perdu la mémoire

Parce que le vieux Zeus a épousé Europe
Les Dieux ne chantent plus dans la langue d’Esope

Aphrodite racole aux abords d’Omonia
Poséidon travaille au Pirée pour la Chine
Héphaïstos ruiné a fermé ses usines
Héraclès fait du catch devant les caméras
Thalassa est à sec Thalie n’a plus de voix
Et Hermès vend des sacs dans sa boutique en ruines

Parce que le vieux Zeus a épousé Europe
Les Dieux ne chantent plus dans la langue d’Esope

Alexandre le Grand a dû prendre la fuite
L’Olympe est devenu un club de rendez-vous

Cronos est en retard sa montre est mise au clou
Homère balbutie des paroles sans suite
Crésus s’est suicidé quand il a fait faillite
Et depuis bien longtemps Priape bande mou

Parce que le vieux Zeus a épousé Europe
Les Dieux ne chantent plus dans la langue d’Esope
Et si depuis longtemps Priape bande mou
C’est que les banques ont mis le pays genoux

© Emile Brami

Que sais-tu

Que sais tu de la joie si tu n’as pas couru
Ballotté en tous sens comme par une houle
Aveugle et trébuchant au milieu de la foule
Poursuivant une enfance à jamais disparue

Que sais tu de désir si tu t’es endormi
Tous les soirs de ta vie près d’un corps chaud et tendre
Si tu fus satisfait sans avoir à attendre
Si tu as tout reçu sans en payer le prix

Que sais tu du bonheur si tu n’a pas pleuré
En pénétrant un soir dans une chambre vide
Brulé par la douleur comme par un acide
Parce qu’un vieux miroir renvoyait ton reflet

Que sais tu de la vie si tu n’es jamais mort
D’avoir bu trop de vin en espérant le pire
Rongé par des chagrins si forts qu’ils te déchirent
Abandonné de tous écrasé de remords

 Que sais tu de la vie si tu n’es jamais mort

© Emile Brami

 

Ecrire, peindre ou bien chanter

Dieu brandi comme une prothèse
Par des foules fanatisées
La pauvreté sujet de thèse
Et les enfants prostitués
La politique au Père Lachaise
Très loin du Mur des Fédérés

Les idéaux qui se fracassent
Au front de la réalité
Des discours puant la vinasse
Pour conforter nos lâchetés
Ces mots évanouis sans trace
Amour Justice et Liberté

Des banlieues où tout se déglingue
Où déjà les dés sont jetés
Ce sera chômeur et seringue
A trainer dans les halls d’entrée
Il y a de quoi devenir dingue
Et rêver de tout faire sauter

Nos vies qui traînent et s’effilochent
Devant l’écran de la télé
Et la pub qui nous fait les poches
Entre deux lotos à gratter
Deviner la mort qui s’approche
Ne plus oser se regarder

 Faire chaque nuit le cauchemar
Que ça ne changera jamais
Puis se réveiller furibard
Avec l’envie de tout changer
Et aller se coucher le soir
Honteux de s’être dégonflé

Un jour tant qu’il n’est pas trop tard
Attraper un bout de papier
S’inventer un nouveau départ
Recommencer à espérer
Et pour combattre le cafard
Ecrire peindre ou bien chanter

©Emile Brami

Carla, Valérie, Ségolène (et Julie aussi)

Je te quitte tout est fini
La question c’est comment le faire
En quelques mots et sans grand bruit
Comme si j’étais Carla Bruni
Ou bien écrire un best seller
Comme Valérie Trierweiler

 A ton avis que vais je taire
Comme le ferai Carla Bruni
Que t’as le cul qui traine par terre
En plus des dents de Bugs Bunny
Ou bien faut-il tout détailler
Comme le ferait Trierweller
Que tu ne sais pas t’habiller
Ou que tu tournes au vieux pervers

A ton avis que vais je taire
Comme le ferai Carla Bruni
Que tu pisses autour des waters
Que tu joues à l’enfant puni
Ou bien faut il tout détailler
Comme le ferait Trierweller
Que tu baves sur l’oreiller
Qu’au lit tu n’es pas une affaire

A ton avis que vais-je taire
Comme le ferait Carla Bruni
Que tu te gaves de Sneaker
Que tu te saoules au Génépi
Ou bien faut-il tout détailler
Comme le ferait Trierweller
Que tu rêves à Julie Gayet
Que tu t’es payé un scooter

Je pourrais te garder aussi
Mais alors tu vivras l’enfer
Je ne suis pas Carla Bruni
Plutôt le genre Trierweiller
Et si tu me fais de la peine
Je serai pire que Ségolène

Et si tu me fais de la peine
Je serai pire que Ségolène

© Emile Brami

Nos utopies

Nous avons cru aux utopies
Au bonheur d’aller à l’école
Aux petits enfants qui s’envolent
Dans des cieux pleins de poésie

Nous avons cru aux utopies
Que l’homme n’est pas un animal
Qu’il ne nait pas pour faire le mal
Ni pour qu’on le vende à bas prix

Nous avons cru aux utopies
Qui nous promettaient la justice
Plus d’exploiteurs ni de complices
Et les vrais besoins assouvis

Nous avons cru aux utopies
Conjuguer amour et plaisir
Se laisser aller au désir
Sans possession ni jalousie

Nous avons cru aux utopies
Pas de religion mais une âme
Juste une imperceptible flamme
Qui éclairerait notre nuit

Elles sont mortes les utopies
Avec les millions de chômeurs
Les familles aux restaus du cœur
Et le pognon pour seul souci

Pourtant j’ai cru aux utopies
Pourquoi devrais-je en avoir honte
Puisque je sais au bout du compte

Que c’était le choix de la vie

© Emile Brami

Mon enfance italienne

De mon enfance italienne
J’ai le souvenir joli
D’une nonna sicilienne
De grands plats de raviolis
De ma tribu bohémienne
De notre grain de folie

De mon enfance italienne
J’ai le souvenir joli
De quelques chansons anciennes
Rosetta ou Napoli
D’une tante musicienne
De vieux miroirs dépolis

De mon enfance italienne
J’ai le souvenir joli
Du soleil dans les persiennes
Des jardins de Boboli
D’un bouquet d’odeurs terriennes
Sur les flancs du Stromboli

De mon enfance italienne
J’ai le souvenir joli
D’être gaie quoi qu’il advienne
L’orgueil de rester polie
Quand les jours sont terre de Sienne
Couleur de mélancolie

© Emile Brami